Une maison.
Des siècles d’histoire.

Le presbytère de Moutfort.

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Le Centre Wellenstein restauré · vue depuis la rue

L’histoire du presbytère

Texte et recherches : Josy Lorent

Le presbytère fut construit entre 1786 et 1788 - immédiatement après l’époque de Maria Theresia de Habsbourg, impératrice d’Autriche et reine de la Hongrie, duchesse du Brabant, de Limbourg, du Luxembourg et de Gelderen - et financé par le curé Joseph-Zacharias Wellenstein (1756-1828), issu d’une famille riche et influente d’Ehnen.

Cette imposante demeure située en face de l’église accueillit successivement huit curés de la paroisse de Moutfort : Joseph-Zacharias Wellenstein (1782-1828), Pierre Hermes (1828-1872), Johann Baptist Prost (1873-1900), Hubert Keipes (1900-1913), Johannes Weis (1913-1932), Pierre Koenig (1932-1956), Maurice Beringer (1956-1967) et Roger Schmit (1967-1982). Les curés de Moutfort qui leur succédèrent résidèrent tous dans d’autres localités.

Dès le début du ministère du curé Maurice Beringer, en 1956-1957, d’importants travaux de transformation furent entrepris à l’intérieur comme à l’extérieur du presbytère. Le haut mur situé devant le bâtiment ainsi que la grange et les étables attenantes aux pignons furent notamment démolis. Un garage fut construit sur le côté gauche et les vieux tilleuls de la cour furent enlevés.

Dessin historique de l’église et du presbytère de Moutfort
Dessin historique de l’église et du presbytère de Moutfort© Sapeurs Pompiers Moutfort-Medingen

Le 15 novembre 1986, une brigade de gendarmerie fut installée dans le presbytère, alors inoccupé. Le logement du commandant de la gendarmerie fut aménagé au premier étage, tandis que les bureaux se trouvaient au rez-de-chaussée. Après la fusion de la gendarmerie et de la police en 2000, le bâtiment devint un commissariat de police desservant la haute vallée de la Syre et conserva cette fonction jusqu’en 2019.

La séparation de l’Église et de l’État, mise en œuvre sur la base de trois conventions conclues le 26 janvier 2015 entre l’État luxembourgeois et l’Église catholique du Luxembourg, prévoyant notamment la suppression de l’enseignement religieux confessionnel et la réduction progressive du financement direct des traitements des prêtres, ainsi que de la loi du 13 février 2018 relative à la gestion des édifices religieux et autres biens relevant du culte catholique, entraîna de profonds changements. Les fabriques d’église, organismes paroissiaux créés par Napoléon Bonaparte par un décret du 30 décembre 1809, furent ainsi supprimées. Leurs biens furent ensuite regroupés au sein du Fonds de gestion des édifices religieux et autres biens relevant du culte catholique, placé sous le contrôle de l’Archevêché, afin de centraliser la gestion du patrimoine et de décharger les communes. Dans le cadre de cette séparation de l'Église et de l'État, un acte passé le 8 janvier 2020 devant le notaire Pierre Metzler à Grevenmacher constatait que le presbytère appartenait depuis plus de trente ans comme possession non contestée et sans interruption à « Moutfort. Le Presbytère », donc à la paroisse. De ce fait, il est ensuite passé dans le patrimoine du « Kierchefong ». Par un acte du 4 juillet 2024 reçu par la Notaire Mireille Hames à Mersch, l’a.s.b.l. « Oeuvres paroissiales Contern Walburga » racheta le presbytère au Fonds. Le 29 juillet 2024, l’État accorda à cette même association, par convention et pour une durée de trente ans, un droit d’utilisation lui permettant de construire sur deux parcelles voisines, situées à côté et à l’arrière du presbytère, sans toutefois lui en transférer la propriété. Ces parcelles furent intégrées au projet.

L’a.s.b.l. « Oeuvres paroissiales Contern Walburga » fut également le maître d’ouvrage des importants travaux de transformation et d’extension. Ceux-ci permirent la création, pour le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse, locataire des lieux, d’un centre socio-éducatif baptisé « Centre Wellenstein », destiné à accueillir des jeunes en difficulté. Pour ce faire, le presbytère lui-même fut entièrement évidé : seuls les quatre murs extérieurs et la toiture furent conservés. Le garage situé à gauche ainsi que l’annexe de droite furent démolis. Le jardin situé à l’arrière disparut entièrement pour laisser place à un garage souterrain. Le toit plat de ce dernier fut végétalisé. Le bâtiment principal abrite aujourd’hui l’administration de l’ensemble du centre. Les deux nouveaux bâtiments annexes construits à gauche et à droite comprennent des locaux destinés à deux groupes de garçons, avec un accompagnement éducatif assuré vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept.

Le presbytère avant sa transformation
Le presbytère avant sa transformation© Photo: Roby Muller
Le nouveau Centre Wellenstein · vue latérale
Le nouveau Centre Wellenstein · vue latérale© Photo: Roby Muller
Vue d’ensemble du presbytère rénové et agrandi, devenu le « Centre Wellenstein »
Vue d’ensemble du presbytère rénové et agrandi, devenu le « Centre Wellenstein »© Photo: Roby Muller

Joseph-Zacharias Wellenstein, commanditaire du presbytère, et sa famille

Texte et recherches : Josy Lorent
Les armoiries de la famille Wellenstein
Les armoiries de la famille Wellenstein© Dr Jean-Claude Loutsch - Armorial du pays de Luxembourg (1974)

Le presbytère de Moutfort fut construit et financé entre 1786 et 1788 par Joseph-Zacharias Wellenstein, sans doute le curé le plus marquant de l’histoire de la paroisse de Moutfort, mentionnée dès 898 dans un document de l’abbaye Saint-Maximin de Trèves. De 1782 à 1828, il fut à la tête de cette paroisse de la haute vallée de la Syre pendant 46 ans. Celle-ci compte parmi les plus anciennes du Luxembourg.

Joseph-Zacharias Wellenstein naquit le 2 juin 1756 à Ehnen. Il était le quatrième des six enfants de Jean Nicolas Wellenstein et d’Appolonia Schausten. Sa maison natale, située directement au bord de la Moselle, était la demeure seigneuriale dans laquelle plusieurs générations de la famille Wellenstein vécurent à partir de 1650. Très riche, cette famille joua un rôle déterminant dans le développement économique et culturel de la région mosellane. Pendant des siècles, certains de ses membres occupèrent des fonctions importantes dans les domaines politique et judiciaire. Au fil du temps, la famille ne cessa de renforcer sa position et d’accroître sa fortune grâce à une politique matrimoniale mûrement réfléchie.

L’importance et le rang de la famille Wellenstein dans la société de l’époque sont notamment illustrés par le fait qu’elle possédait son propre blason dès le XVIe siècle. Selon certains héraldistes, les trois croissants d’argent qui y figurent pourraient être interprétés comme une reconnaissance des mérites de cette famille profondément catholique - qui compta régulièrement parmi ses membres des prêtres et des religieuses - lors des guerres contre les musulmans.

En sa qualité de curé de Moutfort, Joseph-Zacharias Wellenstein ne se contenta pas de faire construire un nouveau presbytère après que le précédent eut été gravement endommagé par un incendie. Il fit également bâtir, face au nouveau presbytère et juste à côté du cimetière, la première école de Moutfort, dont le fonctionnement fut, dans un premier temps, entièrement financé par le curé. L’école cessa de fonctionner en 1828, lorsque la paroisse de Moutfort n’eut plus de vicaire. À gauche du presbytère, Wellenstein fit par ailleurs construire une maison pour le vicaire qui, lorsque la paroisse de Moutfort n’eut plus de vicaire, servit ensuite de logement à l’instituteur. Le bâtiment existe encore aujourd’hui.

La première décennie du ministère de Joseph-Zacharias Wellenstein à Moutfort fut particulièrement mouvementée. Durant l’été 1792, l’armée prussienne et les troupes d’émigrés français traversèrent la région en direction de la France, une partie d’entre elles étant cantonnée au presbytère. En 1795, le Luxembourg fut rattaché à la nouvelle République française sous le nom de « Département des Forêts ». Tous les biens ecclésiastiques et seigneuriaux furent alors saisis et placés sous séquestre. Joseph-Zacharias Wellenstein ayant refusé, en tant qu’ecclésiastique, de prêter le serment républicain exigé par le gouvernement révolutionnaire, il dut se cacher pendant quelque temps dans des fermes des environs ou dans les bois. Il aurait sinon été déporté sur l’île de Ré, sur la côte atlantique française près de La Rochelle, où, pendant la Révolution française, environ un millier de prêtres ayant refusé de prêter serment à la République furent détenus dans la citadelle Vauban de Saint-Martin. Selon une tradition locale que l’on nous racontait encore à l’école primaire pendant les cours d’histoire locale, les habitants auraient répondu aux soldats français qui demandaient où se trouvait le curé Wellenstein et le recherchaient qu’il était « sur l’île de Ré ». En réalité, cette expression aurait désigné une petite île située au milieu d’un marécage en forêt au « Bierk », où le curé se serait parfois caché. Elle aurait reçu le nom fictif de « Ré », en référence à la véritable île de Ré, dans le département de la Charente-Maritime, où étaient emprisonnés les prêtres récalcitrants considérés comme « ennemis de la République ».

Grâce notamment aux relations de sa famille et à la suite d’une requête invoquant des dispositions du Concordat, Joseph-Zacharias Wellenstein put officiellement reprendre ses fonctions de curé à Moutfort en 1801. Une solution fut également trouvée pour la restitution des biens confisqués.

Joseph-Zacharias Wellenstein mourut le 8 mars 1828 au presbytère de Moutfort. Il fut inhumé sous la sacristie de l’église paroissiale. Une épitaphe (pierre tombale) rappelle l’œuvre de cet ecclésiastique hors du commun, qui légua par testament à la fabrique d’église de Moutfort un patrimoine considérable, composé du presbytère, de la maison du vicaire, de l’ancienne école et d’environ huit hectares de terres.

Après la mort d’Alfred Wellenstein en 1896, dernier descendant masculin de la branche familiale d’Ehnen, les biens passèrent à la famille Servais. En 1916, le notaire Ernest Würth de Wormeldange en devint le nouveau propriétaire, avant que l’État ne rachète l’ensemble en 1974. Actuellement, la propriété, communément appelée « Wäinhaus », fait l’objet de travaux de transformation et d’extension en vue d’accueillir le « Centre mosellan touristique et viticole ».

Les illustres visiteurs du presbytère

Texte et recherches : Josy Lorent

Au cours de ses quelque 240 ans d’histoire, le presbytère de Moutfort a accueilli plusieurs visiteurs illustres, liés de près ou de loin à l’histoire européenne.

Le presbytère accueillit très tôt un hôte de marque. En 1792, dans le contexte de la Révolution française, la France était entrée en guerre contre l’Autriche et la Prusse. Lorsque l’armée prussienne partit en campagne contre la France, accompagnée de Johann Wolfgang von Goethe, qui faisait en quelque sorte office de « correspondant de guerre », le roi Frédéric-Guillaume II établit ses quartiers au presbytère de Moutfort, puis dans un camp militaire près du Pläitrenger Haff, où séjournait le duc de Brunswick. Il est plus que probable que Goethe soit lui aussi passé par le presbytère où séjournait le roi de Prusse. Il est en revanche moins certain que le célèbre maréchal prussien Gebhard Leberecht von Blücher, devenu célèbre en 1815 pour sa victoire sur Napoléon à la bataille de Waterloo, ait également séjourné brièvement au presbytère de Moutfort ou au camp militaire près du Pläitrenger Haff.

Après la libération de la ville de Luxembourg par l’armée américaine, le 10 septembre 1944, et la poursuite de son avancée par la vallée de la Moselle en direction de l’Allemagne nazie, le presbytère de Moutfort devint le quartier général de la « Task Force Reed » du 2nd Cavalry Group (Mechanized), créé en 1836. Cette unité de l’armée américaine avait débarqué en Normandie en juillet 1944 au sein de la Troisième Armée du général Patton. Elle était commandée par le colonel Charles H. Reed (1901-1980).

À propos du colonel Reed, il convient de mentionner un épisode intéressant qui montre à quel point le monde est petit. Quelques mois après son passage à Moutfort, il mena en effet, sur ordre du général George S. Patton, une mission en Europe du Sud-Est qui resta longtemps relativement méconnue au Luxembourg, mais qui revêt une importance historique. Elle concernait les célèbres étalons lipizzans blancs de l’École espagnole d’équitation de Vienne. Élevés par les Habsbourg depuis le XVIe siècle, ces chevaux comptent aujourd’hui encore parmi les emblèmes culturels de l’Autriche.

Après l’« Anschluss », l’annexion de l’Autriche au Reich allemand en mars 1938, le haras de Lipizzans de Piber, en Styrie, fut placé sous l’autorité du ministère de l’Agriculture à Berlin, tandis que l’École espagnole d’équitation de Vienne passa sous celle du haut commandement de la Wehrmacht. En 1942, tous les Lipizzans de Piber, ainsi que les chevaux des autres élevages situés dans les territoires alors sous domination nazie, furent transférés dans la petite localité bohémienne de Hostau (Hostouň). L’École espagnole d’équitation elle-même ne fut évacuée qu’au printemps 1945, en raison des bombardements sur Vienne.

Le 28 avril 1945, les troupes américaines atteignirent Hostau, en Tchécoslovaquie. Peu après se déroula, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, une opération spectaculaire menée par le 2nd Cavalry Group. La mission initiale de l’unité consistait à prendre la ville et à libérer des prisonniers de guerre alliés (POW). Les soldats du colonel Reed y trouvèrent des centaines de prisonniers, mais aussi plusieurs centaines de chevaux, parmi lesquels les célèbres étalons lipizzans. Lorsque le général Patton apprit que ces chevaux risquaient de passer sous le contrôle des troupes soviétiques, il œuvra personnellement à leur sauvetage. Le directeur du haras de Hostau, le lieutenant-colonel Hubert Rudofsky, ainsi que d’autres officiers allemands avaient également pris secrètement contact avec le commandement américain dans le même but. L’opération de sauvetage, connue sous le nom d’« Operation Cowboy », fut lancée à la fin du mois d’avril 1945. Le colonel Charles H. Reed était responsable de cette mission, qui consistait à conduire l’important troupeau de chevaux de race autrichiens depuis la Tchécoslovaquie jusqu’à Schwarzenberg, en Bavière, derrière les lignes américaines. Quelques jours plus tard, les Américains remirent les 215 chevaux au major Alois Podhajsky, directeur de l’École espagnole d’équitation de Vienne. Au cours d’une mémorable démonstration, celui-ci plaça les Lipizzans sous la protection de l’armée américaine, assurant ainsi la pérennité de cette institution équestre riche d’une longue tradition. Cette opération hors du commun inspira par ailleurs à Walt Disney le film « Miracle of the White Stallions » (« Le Grand Retour »), sorti en 1963.

Pour comprendre l’intérêt que le général Patton portait au sort des Lipizzans, il faut savoir qu’il était lui-même passionné d’équitation et pratiquait le dressage. En 1912, il participa aux Jeux olympiques de Stockholm, dans l’épreuve du pentathlon moderne.

Lorsque l’École espagnole d’équitation de Vienne se produisit au Luxembourg en 2002, pour la première fois de son histoire, à l’occasion du lancement d’une tournée européenne, l’auteur de ces lignes jugea tout naturel de signaler à l’ambassadeur d’Autriche de l’époque, le Dr Christian Strohal, que le sauveur des Lipizzans reposait à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau de la Coque, au Kirchberg. Le 14 novembre 2002, une délégation de l’École espagnole d’équitation, dont certains membres étaient en tenue de cavalier, se rendit ainsi avec l’ambassadeur d’Autriche au cimetière militaire américain de Hamm pour déposer une gerbe sur la tombe du général George S. Patton en signe de reconnaissance posthume. Cet hommage s’adressait certainement aussi au colonel Reed, qui avait établi son quartier général au presbytère de Moutfort, non loin de ce lieu de mémoire, plusieurs décennies auparavant.

Une autre personnalité devenue célèbre et qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, est passée sans aucun doute par le presbytère de Moutfort auprès du colonel Reed est le photographe de guerre américain Tony Vaccaro, auteur de plusieurs clichés historiques du conflit. Il réalisa également plusieurs photographies de Moutfort en 1944 et 1945. Après la guerre, il devint un photographe de mode et lifestyle reconnu et travailla pour des magazines renommés aux États-Unis. Tony Vaccaro, qui avait été enrôlé en 1943 comme simple soldat et pratiquait alors la photographie en amateur, mourut chez lui à Long Island City en décembre 2022, quelques jours après avoir fêté son centième anniversaire.

Comité Oeuvres Paroissiales Contern Walburga a.s.b.l. :
(de gauche à droite)
Eugène Medinger, président, Serge Reiland, secrétaire, Eric Eifes, vice-président, Roby Muller, trésorier, Roland Fürpass, coordinateur du projet
Comité Oeuvres Paroissiales Contern Walburga a.s.b.l. : (de gauche à droite) Eugène Medinger, président, Serge Reiland, secrétaire, Eric Eifes, vice-président, Roby Muller, trésorier, Roland Fürpass, coordinateur du projet